INTERSTICES

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Performance Maite Soler, création son Damien Serban et vidéo François Grandjacques
Texte par Stefania Kenley 25/ 03 / 2023

Dans la Chapelle des Carmélites, la performance commence par la position horizontale d’un corps nu allongé sur l’autel sous la forte lumière du projecteur. Le début très lent du premier mouvement est presque imperceptible, en faisant penser plutôt à une Assomption qu’au réveil d’un sommeil humain. Cette impression est renforcée par une voix basse qui fait résonner à capella le début d’un vieux chant chrétien de facture orientale. Le corps allongé au niveau de nos yeux continue à se mouvoir lentement sur la ligne d’horizon en cachant les détails. S’agit-il d’un seul corps ou de deux, d’une femme, d’un homme ou les deux? Cette ambiguïté est accentuée par la voix qui se lève et se démultiplie, en envahissant l’espace de la chapelle. La lumière du projecteur pénètre les interstices de ce corps sans défense, elle dédouble ses formes en dégageant son énergie. Cette déformation produite par le mouvement du corps grandit davantage avec son soulèvement.
Comme dans un tableau de Caravage, les gestes d’un ou de plusieurs mouvements s’entremêlent sans se dévoiler au premier regard, mais ils présagent un dénouement. Dans « La mort de la vierge » par exemple, les mains des apôtres apparaissent au même niveau que celles de Marie, tandis que leurs pieds se tenant debout au-dessous de ses pieds allongés et sans vie, annoncent sa future Assomption. La couleur y participe aussi car, au premier plan, les subtiles reflets de la robe rose de Marie-Madelaine viennent de faire la paix entre la pâleur jaune-verte de la peau de Marie et le rouge profond de sa robe.
C’est ainsi qu’ici, sur l’autel des Carmélites, le souvenir de la peau mouvementée pénètre les interstices de la vraie peau en la déformant et en brouillant la lecture du corps. Le son fait écho à la partition d’images superposées, en participant à la création d’un espace-temps de facture baroque ; chaque nouvelle images dessine en contre-point la séquence des mouvements à venir, tandis que le chant initial se dissout dans une ambiance sonore abstraite. On voit maintenant clairement que le corps qui se lève de l’autel est bien le corps d’une femme, d’une seule femme. En prenant ses béquilles, elle marche pieds nus comme les Carmes déchaussées, vers l’entrée de la chapelle. Elle s’arrête à mis chemin pour pisser, debout ; ensuite elle tourne sa béquille pour retracer les bords de ce flaque informe et pour lui donner une forme circulaire. Placée de côté nord de la nef, elle rappelle la bassine ronde au premier plan à gauche dans le tableau de Caravage, probablement destinée à la toilette mortuaire de Marie. Ici-maintenant, cette jeune femme qui appartient définitivement au monde, continue lentement sa démarche boiteuse. Elle se dirige vers la contre-façade où se déploie en haut la grande fresque montrant une Apothéose de Sainte Thérèse. Elle sorte par la porte de la façade occidentale et, comme par miracle, il commence à pleuvoir. Elle reste bras élevés vers le ciel sous la pluie de printemps, comme transpercée par les derniers rayons du soleil couchant.